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Loic Pietri : sur le toit du monde

Loic Pietri : sur le toit du monde

À 23 ans, Loic Pietri a remporté le titre mondial en moins de 81 kg. Après avoir écumé les plateaux de télé, le judoka formé par son père au Judo club de Monaco s'est rendu là où tout a commencé. L'occasion, entre autres, de revenir sur ses jeunes années et de lui demander ce qui se passe dans la tête d'un champion.

Des affiches annonçant des événements passés depuis belle lurette, une fresque japonisante qui court sur toute la largeur de la salle. Un tiroir qui déborde de photos, aussi. Des enfants qui combattent, des groupes fièrement alignés, des podiums. On n'a pas osé fouiller, mais on est presque sûr que l'on serait tombé sur la bouille juvénile de Loic Pietri. Quoi de plus normal, après tout? Ici, c'est l'antre du Judo club de Monaco. Sous l'œil de son père, Marcel, le tout frais champion du monde a grandi là, jusqu'à l'âge de 18 ans.  

Un mardi soir, une quinzaine de jours après son sacre à Rio, le voilà face aux gamins du club. Assis contre le mur, les 12-16 ans l'écoutent (presque) religieusement professer quelques techniques aux noms impossibles à retenir pour le profane. Un petit bonhomme rondouillard a pour mission de tenir Loic au sol. Il s'avance, pas vraiment sûr de son coup. "Ah ben, ce n’est pas possible", décrète l'ado. La vingtaine de petits judokas semble à la fois heureuse et impressionnée. Il n'y a pas si longtemps, Pietri était à leur place. Aujourd'hui, il est le roi de son monde, celui des moins de 81 kg. Comme sa parole a aussi du poids, on a laissé tourner le dictaphone assez longtemps, sans vraiment voir le temps passer…

Les premiers pas

"Revenir ici, ça a toujours une saveur particulière. C'est ici que j'ai appris le judo. J'y suis venu tellement souvent. Je me rappelle de tout: le bruit, les odeurs, l'éclairage. Ce qui est drôle, c'est que j'ai l'impression que la salle devient plus petite à chaque fois que j'y passe. Il y a une bonne école ici, Yann Siccardi et Cédric Bessi en sont sortis. Je faisais partie de ce groupe-là. A la sortie, on voit qu'avec un tatami, un prof compétent et du travail, on peut réussir à gagner des médailles au plus haut niveau."

Le chemin vers le haut niveau

"J'ai toujours aimé la compétition. Ça me tenait à cœur de gagner à chaque fois. Mais avant 10 ans, on ne pense qu'à se faire plaisir. On vient chercher du fun. Les enfants s'amusent beaucoup dans ce sport. Je ne me suis pas vraiment dit un jour : "Je veux faire du haut niveau". Enfin, pas avant d'entrer au lycée. J'essayais juste de voir ce que je pouvais gagner de mieux. Quand on est petit, en général, ce sont les championnats de Ligue. À cet âge-là, on est à fond. Le bonheur que j'ai ressenti quand je les ai gagnés pour la première fois est équivalent à celui de la victoire en championnat du monde. On se rappelle toujours des premières fois, quand on prend goût à la victoire. La différence, quand tu es champion du monde, c'est que ça sort du milieu du judo."

Le goût de la victoire

"On ne s'habitue jamais à gagner, on est toujours content. Plus que la victoire, c'est le chemin qui t'emmène jusque-là qui compte. On galère quand même, il y a des périodes où on n'arrive plus à gagner. Entre les juniors et ce titre, il s'est écoulé quatre ans. Il y a des blessures, plein de petits trucs qui peuvent faire douter tant qu'on n'a pas de médaille."

La compétition

"La compétition, c'est presque le seul moment où je ne prends pas de plaisir. Je sais que je vais être dans le dur, je m'y prépare dans ma tête. Quand j'entre en phase de concentration, je suis totalement hermétique à ce qui peut se passer autour, je ne souris pas. Être fermé comme ça, c'est épuisant. Il faut savoir se relâcher entre les combats. Je n'aime pas qu'on me parle, que ce soit les entraîneurs ou les gens autour. Je fais des compétitions depuis que j'ai 7 ans, je sais ce que j'ai à faire. Et puis quand on rentre sur le tapis, on est seul… L'entrée sur le tatami, c'est toujours la même. Je mets en place un système dans ma tête, ça fonctionne bien. Je me connais mieux. Parfois, on peut se louper, on n'arrive pas à rentrer dans une compétition. Il y a toujours des surprises, c'est du sport…"


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Photos

Loic Pietri

Né le 27 août 1990 à Nice
1,76 m - 81 kg

Champion de France cadet en 2005 
et 2006 ( - 50 kg et - 60 kg)

Champion de France, d'Europe 
et du monde junior en 2009 (- 81 kg)

Vainqueur de la manche de coupe du monde 
à Varsovie en 2011

Médaillé de bronze en coupe du monde en 2011 et 2012 à Liverpool et Oberwart

Troisième du Grand prix de Dusseldorf en 2012

Vainqueur du Grand prix de Samsun en 2012

Médaillé de bronze aux championnats d'Europe à Budapest en 2013

Champion du monde à Rio en 2013